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14 novembre, 2008

Une innovation : le conteneur standardisé

L’article suivant, tiré du quotidien Les Echos du 25 septembre 2006, illustre parfaitement la notion d’externalité de réseau que nous avons étudiée cette semaine en cours (pour expliquer les théories de la croissance endogène)  et la standardisation qu’elle nécessite pour pouvoir pleinement générer des rendements croissants. Cet exemple sera aussi important pour illustrer le chapitre sur la mondialisation des flux de marchandises (que vous étudiez actuellement en Histoire-Géographie).

Une innovation : le conteneur standardisé conteneur_1

 

LA BOÎTE QUI A CHANGÉ LE MONDE

Elle mesure 12 mètres de long, 2,6 ou 2,9 mètres de haut, et 2,4 mètres de large. Elle peut transporter jusqu’à 29 tonnes dans un volume d’utilisation recommandé de 60 mètres cubes, soit des marchandises d’une valeur d’environ 500.000 dollars (ou plus) vendues au détail. Cette boîte et son contenu peuvent être transportés en un mois partout dans le monde où il y a des ports équipés, des chemins de fer, des locomotives, des wagons plats, des semi-remorques, du gazole et des routes.

Cette boîte, c’est le conteneur standardisé. Il permet de transporter des marchandises non fragiles, non périssables, de toute usine moderne équipée d’une aire de chargement à tout entrepôt moderne n’importe où dans le monde, pour environ 1 % de la valeur au détail. Le transport s’effectue en effet pour un coût marginal d’environ 5.000 dollars, soit moins qu’un billet d’avion en première classe, comme le fait remarquer Marc Levinson, auteur de l’excellent ouvrage « The Box : How the Shipping Container Made the World Smaller and the World Economy Bigger ». Dans les années 1960, le coût du transport international de la plupart des marchandises représentait facilement 10 % à 20 % de la valeur au détail. Le conteneur a tout changé.

Lorsque ma famille a acheté un lave-linge allemand à San Leandro, en Californie, les dix minutes que la vendeuse a passé à nous présenter le produit, ou le transfert de l’aire de chargement de San Leandro aux rangées de lave-linge du magasin, ont coûté davantage que le voyage d’Allemagne à San Leandro. Finalement, le coût de la livraison à domicile était huit fois supérieur à celui du transport de la machine d’Allemagne au magasin où nous l’avons achetée.

Le monde n’est certainement pas « plat », comme le pense le chroniqueur du « New York Times » Thomas Friedman. Mais, en termes économiques, il est très petit pour les marchandises non périssables et non fragiles. Et pourtant, le monde n’est petit que pour ceux qui sont reliés au réseau de transport par conteneurs. Les zones dépourvues de l’infrastructure nécessaire demeurent éloignées du système commercial qui transporte des machines allemandes des usines westphaliennes aux entrepôts californiens pour une bouchée de pain.

Par exemple, si votre approvisionnement en électricité n’est pas fiable, de sorte que vous n’êtes pas sûr de pouvoir faire fonctionner la pompe à gazole, vous n’êtes pas relié au réseau. Si votre volume de production est insuffisant pour remplir 60 mètres cubes à destination d’un seul pays, vous n’êtes pas relié au réseau.

De même, si les fonds nécessaires pour réparer vos routes ont été détournés, et si personne ne veut y laisser circuler des camions, vous n’êtes pas relié au réseau. Si votre système judiciaire fonctionne si mal que peu d’étrangers lui font confiance pour garantir la propriété de leurs biens, vous n’êtes pas relié au réseau. Si personne ne connaît votre produit, vous n’êtes pas relié au réseau. Si vos entrepreneurs ne peuvent rien faire sans attirer des escrocs bénéficiant d’appuis politiques, vous n’êtes pas relié au réseau.

Pour toute zone pauvre de l’économie mondiale, être relié au réseau de transport par conteneurs est une chance immense. Mais il faut pour cela que tout – les infrastructures, l’échelle, l’administration, le gouvernement et la connaissance de votre production à l’étranger – fonctionne bien. Et si vous n’avez pas commencé par établir les liens permettant à vos ouvriers et à leurs patrons de savoir quels produits manufacturés sont susceptibles de générer une forte demande dans les zones riches postindustrielles de l’économie mondiale, peu importe que vous soyez relié au réseau.

On a fait couler beaucoup d’encre sur les technologies de télécommunications. Certes, aujourd’hui, vous pouvez parler à n’importe qui n’importe où. Mais c’est le conteneur standardisé qui semble avoir aboli les distances d’une manière plus efficace et jusqu’ici plus significative. Car, sur le plan commercial du moins, les marchandises que nous transportons par-delà les océans sont bien plus importantes que nos bavardages internationaux.

J. BRADFORD DELONG est professeur à l’Université de Californie (Berkeley).

 

Par rouxses le 14 novembre, 2008 dans Terminale
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